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Indonésie - Acte 2
L'escale en quelques chiffres
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Marina Batavia Juin et juillet 2019

L’Indonésie en action contre la pollution plastique

Race for Water a entamé début juin une longue escale en Deux mois d’escale en Indonésie s’achèvent pour les équipes de Race for Water qui repartent avec des images très fortes en tête, submergées par de grandes émotions face à la dure réalité qui touche des enfants, des femmes et des hommes qui passent leur vie sur des monceaux de déchets.

Mais, d’un autre côté, de nombreuses rencontres permettent d’espérer un futur meilleur en Indonésie, avec des structures comme la Green School à Bali ou encore les diverses initiatives quant à la gestion des déchets, venant à la fois des autorités et de la société civile qui donne souvent l’impulsion…

L’Indonésie est, selon l’étude mondiale réalisée par Jenna Jambeck en 2010, le deuxième plus grand contributeur à la pollution plastique océanique.

 

Durant la Conférence de Presse organisée à bord du Race for Water, le vice-ministre Safri Burhanuddin coordinateur des Affaires Maritimes a exposé le contexte actuel ainsi que plan d’action national lancé en 2018 par le gouvernement pour combattre les débris marins.

Aujourd’hui, seul 60 % des déchets indonésiens sont collectés par les systèmes de gestion municipaux, le reste est brûlé à ciel ouvert ou déversé dans l’environnement, bien souvent directement dans les cours d’eau. Le pays consommerait plus de 6 millions de tonnes de plastique annuellement. En conséquence près d’1 million de tonnes de plastiques indonésiens termineraient chaque année leur route dans les océans.

En 2017, le gouvernement indonésien a annoncé un engagement audacieux à réduire de 30 % la production de déchets et de 70 % les plastiques océaniques d’ici 2025. Le plan d’action est divisé en 5 stratégies pertinentes et complémentaires :
1 Changer les comportements
2 Réduire les fuites provenant des activités terrestres
3 Réduire les fuites provenant des activités maritimes
4 Réformer les réglementations, durcir l’application des lois et augmenter les moyens financiers
5 Investir dans la R&D

Bali a pris le taureau par les cornes suite à la pression de Melati et Isabel, deux sœurs qui à 10 et 13 ans ont lancé en 2013 le mouvement « bye plastic bag ». Depuis cet été, sacs plastiques, pailles et polystyrènes sont officiellement interdits sur l’île. D’autres régions comme Bogor et West Java ont interdit les sacs plastiques dans les magasins.

Au niveau national, une taxe sur le plastique est actuellement à l’étude afin de pousser les entreprises à trouver des alternatives plus durables. En attendant, plusieurs grosses opérations de nettoyage des principaux fleuves ont été réalisées depuis deux ans impliquant notamment l’armée et plusieurs universités. Le président s’est donné 7 ans pour dépolluer le fleuve Citarum, tristement connu comme le plus pollué de la planète. Certaines zones sont aujourd’hui nettoyées régulièrement et des investissements commencent à être réalisés dans des systèmes de collecte et de gestion des déchets.

 Car c’est bien là que le bât blesse. Nous avons constaté sur le terrain l’énorme disparité qu’il y a selon les villes et les régions au niveau des infrastructures. Les grandes agglomérations comme Jakarta sont en général dotées d’une collecte des ordures ménagères à domicile. En revanche, dès que l’on s’éloigne un peu du centre-ville, ces services disparaissent laissant les populations se débrouiller par leurs propres moyens. C’est le cas de nombreux villages situés sur les rives du Citarum. Des points de déversements d’ordures sont encore bien visibles le long des 270 km du fleuve.

Autre témoin des conséquences de l’absence de système de gestion des déchets dans un pays en pleine croissance économique et démographique, le village de pécheur de Lekok à l’Est de l’île de Java. Ici la population aurait triplé en 10 ans sans que rien ne soit mis place, que ce soit pour le traitement des eaux, ou des déchets. Beaucoup de ménages n’ont même pas de sanitaires. Alors que la plupart vivent de la pêche, la rivière qui traverse la ville ainsi que la grande plage devant laquelle mouillent leurs bateaux, se sont progressivement recouvertes des déchets des habitants. L’odeur est intolérable, les insectes pullulent et l’eau est chargée de méthane.

Ces situations catastrophiques existent dans la plupart des zones rurales et les nombreuses îles que compte le plus grand archipel de la planète.

Des initiatives privées pour pallier au manque d’infrastructure

Pour faire face au manque de moyen, plusieurs initiatives se sont créées, souvent sous l’impulsion de la société civile. L’Indonésie a, par exemple, vu naitre les premières « banques de déchets » dès 2008. Ces banques permettent aux habitants de revendre leurs déchets valorisables. Ils sont ainsi triés à la source facilitant leur recyclage et réduisant d’autant la quantité déversée dans la nature ou sur les décharges à ciel ouvert qui débordent dans tout le pays. Ces « Bank Sampah » sont aujourd’hui complètement intégrées à la stratégie nationale de gestion des déchets. Nous en avons visité quelques une sur Bali et Java.

Rumah Aspirasi a créé la sienne à Sanur, il y a dix ans par souci pour l’environnement. A l’aide de deux camions, quelques tricycles motorisés et des collecteurs de rues indépendants, il récupère 2 tonnes de papier, cartons et plastiques chaque jour. Ils travaillent également avec les chefs des villages afin d’organiser des collectes rémunérées le dimanche pour lesquelles les femmes sont souvent les plus mobilisées.

Mr Indra a lui monté une équipe de collecteurs au sein de sa communauté et trouvé des filières pour certains des plastiques que l’on trouve en grande quantité dans le fleuve Citarum. 3 tonnes des sacs, gobelets et bouteilles en plastique sont ainsi ramassées et revendues tous les jours.

Dans une banlieue de Surabaya, sur l’île de Java, c’est la Municipalité qui a directement fait appel à un ancien paysan en lui proposant un terrain afin de mettre en place une entreprise de gestion des déchets. La Municipalité lui verse un salaire minimum mais le gros de son revenu provient de ce qu’il peut revendre. Côté plastiques, à nouveau, seuls les bouteilles, les gobelets et les sacs lui rapportent une manne intéressante. Le reste est brulé directement sur son terrain avant d’être envoyé dans la décharge du coin. Il couvre la collecte des ordures de 400 foyers.

Enfin plusieurs entreprises plus importantes ont vu le jour ces dernières années et mettent en place des systèmes de gestions plus sophistiqués incitant les entreprises et les ménages à faire le tri à la source. Waste 4 Change propose par exemple un service de collecte sélective à prix réduit pour plus de 800 ménages et a convaincu une trentaine d’entreprises de faire appel à leur service. Certaines d’entre elles ont même développé des programmes de récupération de leurs emballages auprès de leur clientèle. C’est le cas de Body Shop Indonesia dont la CEO Suzy Hutomo est très engagée pour la protection de l’environnement. Elle fait partie des principaux investisseurs de Waste 4 Change et de sa petite sœur balinaise Eco Bali Recycling. De cette façon, 2 à 3 tonnes de verre, plastique et aluminium, soit 20% des emballages de la marque de cosmétique sont récupérées chaque mois pour être recyclées.

Des projets étrangers sont également en cours d’implémentation. Comme Ministry of Waste qui se focalise sur la gestion des déchets dans les îles en cherchant des débouchés les plus locaux possibles pour un maximum de déchets insulaires, permettant ainsi à ses territoires d’être le plus autonomes possibles.

Ou le Projet STOP, une initiative de la société d’investissement européenne Systemiq, qui avec plusieurs industriels du plastique, de l’alimentation et du pétrole comme Nestlé, Borealis, Borouge, et les autorités indonésiennes cherchent des solutions rentables à long terme pour empêcher les déchets plastiques indonésiens d’entrer dans la mer, notamment pour les villes de pécheurs du sud de Java

Le recyclage, un secteur prometteur mais complexe

La rentabilité et les débouchés sont bien la clé du succès dans la lutte contre la pollution plastique.  Aujourd’hui, le recyclage du plastique est à la traîne principalement pour des raisons techniques, sanitaires et économiques.

Cependant, l’Indonésie investit dans le secteur. Elle a même des entreprises à la pointe de la technologie.

L’entreprise Namasindo Plas est à la base productrice de pellets, de préformes, de bouchons et de bidons pour l’industrie des boissons. En 2008, son PDG décide de se lancer dans le recyclage afin de prendre ses responsabilités sur l’impact négatif des emballages qu’il produit. Il lui aura fallu 5 ans pour trouver les technologies adéquates, obtenir les autorisations nécessaires et convaincre ses clients à utiliser du PET recyclé, ou rPET, dans leurs bouteilles. Le premier à s’engager à ses côtés, n’est autre que Aqua, une des principales marque d’eau de Danone, qui, depuis 2013, utilise du plastique recyclé dans ses bouteilles et vient de lancer la toute première bouteille 100% recyclée en Indonésie.

Namasindo est la seule usine de recyclage d’Asie du Sud Est à produire du rPET aux normes pour l’industrie alimentaire.

Dans ce secteur, les normes sanitaires sont, à juste titre, extrêmement exigeantes et requièrent des investissements conséquents qui se rentabilisent sur le traitement de gros volumes qu’il faut parvenir à collecter. La matière collectée est bien spécifique et scrupuleusement préparée. En effet, pour son rPET, l’entreprise se fournit auprès de 5 centres de collecte dont le cahier des charges est très stricte. Seules les bouteilles transparentes ou bleutées sont acceptées. Les bouchons et étiquettes sont retirés manuellement, puis les bouteilles sont broyées et nettoyées sans usage de produit chimique. Ces centres travaillent avec de nombreux collecteurs de rue et banques de déchets afin de garantir leur approvisionnement.

De plus, jusqu’à récemment la demande en rPET était faible dans l’alimentaire, les utilisateurs préférant la version vierge moins chère. La grosse majorité des préformes vendues par Namasindo ne sont encore composées que de 10 à 25% de PET recyclé.

L’exigence dans l’approvisionnement et la préparation, ainsi que les coûts de production font qu’il existe peu de producteur de rPET alimentaire à travers le monde. Mais la transition est en route. Namasindo reçoit de plus en plus de nouvelles commandes. Et de nouveaux acteurs arrivent sur le marché avec des usines de production actuellement en construction notamment en Indonésie. Cela devrait permettre d’augmenter les taux de collecte des bouteilles en PET qui tournent actuellement autour de 60% sur l’archipel indonésien.

Certaines entreprises de recyclage ont également cherché des solutions pour les plastiques ayant le moins de valeur. C’est le cas de Re>Pal. Cette société australienne rachète notamment des sacs plastiques usagés pour les transformer en palettes de manutention 100% recyclées et recyclables. Ils rachètent d’ailleurs les palettes abimées à leurs clients afin de les réintégrer dans leur cycle de production. Leur procédé de thermo-fusion est sans additif et permet la production de palettes d’une durée de vie moyenne de 5 à 10 ans quand les palettes en bois ne durent en général que quelques mois.


Réduire et décentraliser

Cependant, de nombreux plastiques ne peuvent être recyclés et sont donc mis en décharge ou délaissés dans la nature. Un étude réalisée par des experts japonais et publiée en 2018 par « The journal of Material Cycles and Waste Managemet » estime que sur Jakarta, où les infrastructures de collecte et de tri sont parmi les plus développées du pays, seuls 24% des plastiques collectés sont effectivement recyclés. A l’échelle nationale, ce pourcentage ne peut être que largement inférieur. L’industrie du plastique a de grande responsabilité aujourd’hui et doit se modifier profondément afin de permettre la mise en place d’une véritable économie circulaire.

De plus, rapatrier tous les plastiques d’Indonésie sur Jakarta et Surabaya où se trouvent les usines de recyclage ne fait de sens ni d’un point de vue économique, ni d’un point de vue environnemental.

Bekasi, Surabaya, Jakarta et 9 autres des plus grandes villes du pays viennent d’investir dans des usines d’incinération couplées à de la production énergétique. Cela va certainement désengorger les montagnes de déchets qui grandissent dangereusement dans les décharges municipales situées au cœur même de ces grandes agglomérations. Mais cela ne règlera pas le problème des banlieues, zones rurales, ou îles éloignées dont la production de déchets dans un pays de 260 millions d’habitants n’est pas négligeable.

Pour faire face à ces volumes grandissants, réduire l’usage du plastique est donc indispensable. Le suremballage, la multiplication des sachets de produits vendus à l’unité, la distribution d’eau en gobelets jetables sont autant d’exemples de produits qui ont fait exploser les ventes de leurs distributeurs (souvent occidentaux) mais surtout créent un monstre de déchets qu’il faut à tout prix arrêter.

Enfin, des infrastructures adaptées aux territoires doivent être développées. La technologie Biogreen développeé par la société ETIA et portée par la Fondation Race for Water apporte une solution de gestion décentralisée des déchets plastiques. En effet, Biogreen est un système de pyrolyse à haute température qui a été optimisé pour transformer les déchets plastiques en électricité pour des communautés de taille moyenne (50 000 à 200 000 habitants). Les volumes de traitement (entre 5 et 12 tonnes par jour) permettent une collecte à taille humaine, qui peut-être plus facilement mise en place auprès des habitants, via les banques de déchets locales, et avec les recycleurs de rue, et ce, pour tous les types de plastiques (hors PVC).

Durant notre escale, des discussions ont été engagées avec plusieurs entreprises et les autorités gouvernementales qui nous l’espérons, déboucheront sur l’installation de sites pilotes afin de démontrer la pertinence du modèle défendu par la Fondation.

De nombreuses initiatives sont donc à l’œuvre actuellement en Indonésie. Le pays est même devenu un laboratoire social et technologique sur la façon de réduire les déchets plastiques océaniques. Cela donne de l’espoir quant aux capacités de l’archipel à venir à bout de sa pollution plastique.

Texte bilan signé : Camille Rollin
Photos : Peter Charaf – Eric Loiseau / Race for Water

Merci à notre partenaire d’escale
l’Ambassade de Suisse en Indonésie

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