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Mon voyage Pacifique.
Tahiti-Samoa
Odyssée 13 novembre 2018

Carnet de bord #1

Eric Loizeau, ambassadeur de la Fondation, mais aussi montagnard et marin de grands talents, est embarqué à bord de Race for Water pendant 6 semaines. Il nous livre son carnet de pensées vagabondes, toujours inspirées...

Vendredi 9 novembre 18 

Et voilà, nous sommes partis, ce vendredi en fin de matinée;  nous quittons le quai par une manoeuvre parfaite et nous dirigeons au petit pas vers la sortie du port de Papeete marquée par les incontournables bouées vertes et rouges. 

La route directe vers les îles Samoa nous fait tutoyer le lagon de Moorea et nous permet d’admirer encore la silhouette escarpée de cette île magnifique surmontée de sommets acérés et sillonnées d’arêtes à la végétation luxuriante. 

Nous retrouvons la mer avec plaisir après cette longue escale pour l’équipage et une large parenthèse me concernant sur ce navire que j’ai quitté voici presque 8 mois à Lima. 

Après une quinzaine de milles abrités de l’alizé par les hauteurs de l’île de Tahiti nous retrouvons un vent frais de sud est et la houle longue qui va avec. Il faut se ré-habituer aux mouvements langoureux de notre catamaran qui au début retourne un peu les estomacs et prolonge les stages dans les couchettes d’une manière inhabituelle. Pour ma part je me réjouis de ces retrouvailles avec l’océan infini qui déroule ses ondes voluptueuses sous nos pieds. La nuit tropicale nous absorbe accompagnée de grains humides. Je savoure ce premier quart de nuit de deux heures solitaires dans le poste de pilotage éclairé blafard par les instruments familiers…. Une lumière s’approche derrière et clignote entre les vagues. La silhouette verte du bateau apparait sur l’écran AIS. En cliquant dessus, on peut connaitre sa vitesse son cap et même son tonnage, son nom….et s’il fait une route de collision ou non…. Je trouve que cela enlève toute la poésie révolue de la navigation où l’on surveillait les feux de navigation, vert sur vert tout est clair, rouge sur rouge rien ne bouge…Mais il faut vivre avec son temps et pour l’instant je m’absorbe sur la route de notre bateau qui s’inscrit en pointillés rouges sur l’écran Adrena de l’ordinateur à la poursuite des deux concurrents vert et bleu du routage. 

Ces navigations sur Race For Water même si elles s’avèrent parfois agitées comme cette nuit, sont un baume de douceur, de lenteur, de tranquillité . Oublié le stress de la vie occidentale gavée de mauvaises nouvelles parmi lesquelles semblent se complaire les médias et ajouter au pessimisme larvé de notre civilisation moderne. Ici une mer paisible nous entoure, l’horizon devient infini, le regard se perd dans cette immensité bleue indigo outremer….!!! Plus de guerre, plus de malversations, plus de fusillades, assassinats, génocides, on oublie toutes ces horreurs que l’on survole presque continuellement d’un triste regard blasé dans la vie d’ailleurs là-bas loin de l’autre côté de l’horizon. Comme dirait Renaud, la mer rend la vie moins dégueulasse. Profitons de ces moments de bonheur rares à bord de ce bateau silencieux et son équipage idéal, quatre garçons et trois filles dans le vent. 

Dimanche 11 novembre 18. 

Il y a cent ans s’achevait enfin le conflit le plus sanglant et inutile du siècle dernier. Notre aventure pacifique à bord de Race For Water en quête de la survie de notre planète prend tout son sens aujourd’hui. Pendant quatre années terribles, le hommes ont marqué l’univers d’une empreinte presque indélébile d’horreur absolue oubliant la beauté du ciel bleu au-dessus de soi, la pureté de l’air que l’on respire, la fraicheur des ondées matinales, la blancheur immaculée de la neige et des glaciers, en bref toute le magnifique de notre planète. 

Ce matin l’alizé est parfait. Tiède à souhait il aère et rafraîchit l’intérieur de notre vaisseau spatial et le pousse à presque 7 noeuds de moyenne en direction des îles Samoa. 

J’admire de l’arrière ce « sillage de torpilleur », une expression imagée appartenant à Eric Tabarly, que je n’avais jamais connu sur ce bateau. Comme le faisait remarquer Jean-Marc lors d’une de nos conversations au poste de veille, c’est une navigation sans stress. Que peut-il nous arriver en pleine mer, au milieu de presque nulle part ? Nous sommes loin de toutes lignes de navigation, des zones de cyclones, des menaces de tsunami, des pays en guerre, des pirates, ou des lignes de pêche terriblement agaçantes pour nos hélices…. Bien sûr, un de nos moteurs peut chauffer ou tomber en panne, c’est déjà arrivé, ou le kite tomber à l’eau… mais dans tous les cas ce ne sont pas des situations extrêmes. Profitons ….! On est bien en mer ! 

Eric Loizeau – Carnet de bord #1

 

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