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Escales odyssée 17 avril 2019

Vanuatu, un archipel engagé

Sur la carte elles forment un Y, 80 petites îles et îlots et une douzaine de grandes îles. L’archipel du Vanuatu est vaste (900km de long) mais il est le plus petit état mélanésien. Ici les volcans sont partout, certains dorment depuis longtemps tandis que d’autres sont bien réveillés ; l’activité volcanique est permanente et les séismes sont courants. Le pays est dans une région cyclonique, celui de 2015 laisse encore des plaies béantes visibles sur certains bâtiments.

La « jeunesse » des îles fait que la faune et la flore sont moins riches que sa voisine la Nouvelle-Calédonie, néanmoins leur beauté ravit le regard. De vastes forêts couvrent les territoires et le banian est une des remarquables espèces que l’on peut y trouver. Le littoral à la topographie mouvementée accueille par endroits des mangroves ; véritables pouponnières elles sont un écosystème vital et fragile. Dans les baies à l’abri du vent, on peut observer des dugongs, espèce en voie d’extinction ils étaient présents dans le premier lagon de Port-Vila mais les activités humaines (tourisme et pollution) ont eu raison des rares individus qui y mettaient bas. Depuis ce paisible mammifère est observable dans les coins reculés, loin du tumulte de l’homme…

Race for Water a jeté son dévolu du 3 au 14 avril 2019 sur Efaté (la quatrième des grandes îles) et plus précisément à Port-Vila, une des deux villes du Vanuatu.  Tout un groupe de danseuses et danseurs en tenue traditionnelle nous attendait sur le quai pour nous souhaiter la bienvenue. Des noix de coco fraîches, des colliers de graines et de coquillages nous ont été offerts. La coutume est un échange, à notre tour nous leur avons offert nos modestes présents. A notre surprise non pas deux mais trois langues cohabitent : le français, l’anglais et le bichelamar, cette dernière étant le socle commun.-

Petit pays mais grande ambition

Le Vanuatu est devenu malgré lui l’emblème des petits pays directement impactés par le changement climatique. Comme ses voisins, il doit relever bons nombres de défis environnementaux et  économiques. Les citoyens et des associations telles que « No plastic bags Plis » ont poussé le gouvernement à prendre des mesures drastiques en matière d’environnement. Ainsi le 1 février 2018, le premier ministre et le conseil des ministres signent l’interdiction de certains plastiques non-biodégradables et le fait de jeter ses déchets dans la rue est puni par la loi. Le gouvernement a laissé 6 mois aux entreprises et restaurateurs pour remplacer les sacs en plastiques, pailles et boîtes alimentaires en polystyrène. Quelques mois après la mise en pratique du « ban », Port-Vila voit ses eaux libérées du fléau plastique.

Une des entreprises locales productrices de plastique (eau en bouteille) décide de mettre en place une collecte, la bouteille est rachetée aux ramasseurs, puis stockée dans leur hangar. A défaut de pouvoir être transformée sur place ou exportée elle ne finit plus sa course dans l’océan.

Cependant Rontexstar Mogeror, membre du gouvernement, nous met en garde : « L’histoire n’est pas terminée. Il nous faut maintenant mettre en place un système de collecte efficace qui permettrait à terme l’utilisation d’un concept de valorisation du déchet en énergie. La population est favorable et prête à faire un effort, il est temps d’agir car nous ne sommes pas encore de gros consommateurs. En attendant, tous les déchets, sans distinction, partent à la décharge ».

Nous sommes allés la voir. Située à quelques kilomètres du centre ville et desservie par une piste, elle s’étale sur 48 ha. En 2006, le site sauvage est officialisé et une entreprise japonaise investit dans ce dépotoir. Actuellement seuls 15% de la surface totale est exploitée et entre 50 et 60 collecteurs y vivent. Nous y retrouvons les sacs jaunes (déchets ménagers) vendus par la mairie pour financer le ramassage des ordures, des cartons d’emballages de supermarché, de l’électroménager, des pneus et les déchets hospitaliers, l’incinérateur est en panne depuis plusieurs mois … Les lixiviats (jus de poubelle) ne sont pas récupérés, les déchets s’envolent au grès des vents et aucun tri n’est fait. Seul point positif : la vue sur le lagon est plutôt agréable.

Le pays vise d’ici 2030 une production d’électricité 100% renouvelable, la biomasse et le plastique pourraient peser dans la balance aux côtés des éoliennes, panneaux solaires et huile de coprah. Car ils en ont les moyens, mais, hélas, comme souvent les financements font défaut. Nous avons rencontré des porteurs de projets type « Waste to Energy », les idées et les compétences sont en place et nous espérons que leurs projets aboutiront.

L’éducation : une valeur sûre

Notre interlocuteur au sein du ministère de l’éducation est enthousiaste : « Un programme de sensibilisation a été mis en place dans les établissements scolaires, nos agents vont aussi à la rencontre des chefferies sur les autres îles pour ne laisser aucun territoire de côté. La population est volontaire, encore faut-il qu’elle mesure l’impact environnemental.»

La démarche est soutenue par des associations et ONG qui participent activement à l’éducation de la jeune génération. Des nettoyages de plages et de rivières sont organisés au cours desquels la population apprend à trier, à consommer différemment et est sensibilisée sur l’impact environnemental de la pollution.

Des manifestations comme le « World Environment Week », le World Day Clean UP ou le « World Water Day » sont l’occasion d’éduquer un large pan de la population, rien que sur l’île d’Efate, 8 nettoyages de plage sont organisés tous les ans. 

La fondation Okéanos promeut, quant à elle, le transport inter-île via les pirogues à voile traditionnelles. Elle souhaite favoriser les échanges entre les îles tout en diminuant l’emprunte carbone du transport maritime. Grâce à elle, de nombreuses personnes se forment à la navigation et peuvent ainsi devenir les acteurs d’une économie à durabilité environnementale. Au Samoa, nous avions rencontré une des 7 grandes sœurs, comme si un lien universel nous unissait, cette fois-ci encore, nos deux équipages ont vécu un moment fort en émotions !

L’escale est terminée, nous repartons vers le Nord. Il y a de l’espoir teinté d’accablement. Comme partout l’urgence est là. Ces gens à la gentillesse extraordinaire sont inspirants de part leur simplicité « Il en faut peu pour être heureux » pourrait être leur devise. Loin de la société de consommation ils prennent conscience des dégâts engendrés par cette dernière ; dans le même temps,  des paquebots de croisière accostent et nous laissent pantois devant ce flot ininterrompu de passagers avides d’exotisme.

 

Retour en vidéo sur la 16ème escale de la Race for Water Odyssée 

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