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Carnet de bord #5
Vers les îles Tonga
En direct du bord 2 décembre 2018

Vers les îles Tonga

Eric Loizeau, ambassadeur de la Fondation, mais aussi montagnard et marin de grands talents, est embarqué à bord de Race for Water pendant 6 semaines. Il nous livre son carnet de pensées vagabondes, toujours inspirées...

Notre navire étrange raie Manta cosmique se dandine doucement en avançant électrique sur la mer d’alizé retrouvée. Les nuages cumulus épars de grand beau temps créent quelques tâches sombres sur l’indigo de l’océan que l’on prendrait pour des récifs sournois. Mais il n’en est rien, nous naviguons en pères peinards par des fonds de près de vingt mille lieues sous les mers….

La nuit dernière, par cette nuit obscure sans lune, juste après avoir quitté Apia, débordant d’admiration je me demandais comment les anciens navigateurs explorateurs arrivaient à tracer leur route sans aide autre que la lune et les étoiles dans ce dédale d‘îlots à peine cartographiés au milieu desquels nous nous faufilions. 

Nous sommes devenus des marins bien assistés, incapables et perdus sans électricité pour alimenter nos GPS salvateurs et nos multiples écrans. 

Voici quelques jours nous étions à bord du catamaran samoan Gaualofa (Soif d’Amour en polynésien) réplique parfaite des embarcations utilisées par les premiers découvreurs des terres pacifiques voici deux mille ans. J’étais surpris de ne trouver à bord ni compas de route, ni instruments électroniques de quelque sorte. Schannel son capitaine m’explique alors qu’ils sont venus de Nouvelle-Zélande, où le bateau a été construit voici une bonne dizaine d’années, uniquement en utilisant les vieilles techniques des marins polynésiens, tout simplement en se servant de l’environnement et regardant autour d’eux : la direction des vagues, l’orientation et la force du vent, la forme des nuages et bien sûr la position des astres dans le ciel. 

« Pour atterrir dans les îles ou éviter les atolls perfides » me dit-il, « il suffit d’observer les oiseaux de mer, ceux qui ne s’éloignent des côtes et les autres, ou bien ceux qui se dirigent vers la terre le soir après avoir pêché….. mais aussi, les changements de couleur de la mer, les débris végétaux flottant à la surface. »

Je lui raconte alors qu’il y a quelques années à La Trinité-sur-mer, nous avions l’habitude, chaque mois de janvier, c’était alors le moment du Salon Nautique, de consulter notre pythie locale, en la personne de Jean-Paul l’ostréiculteur également tenancier du fameux bar La Rade. « Jean-Paul, cette année en novembre, il y a la Route du Rhum, t’en penses quoi ? »

Après quelques minutes de réflexion, à tourner son verre de blanc sec au creux de la main:  « Hou les gars, ça va être dur cette année, cortège de dépressions au début, au moins jusqu’aux Açores et alizés faiblards après! » Cette science infuse qui nous laissait pantois, car il ne se trompait jamais, il l’avait acquise par l’observation des vols de goélands autour de son chantier, de l’épaisseur des coquilles d’huitres, ainsi de suite, tout une collection de secrètes observations, transmises de génération en génération et qu’il était le dernier dépositaire à connaître. 

Mais aujourd’hui, dans cette nuit pleine d’orages inquiétants qui déchirent de zébrures incandescentes l’obscurité du ciel délaissé par la lune, guidé par notre imperturbable GPS, rassurés sur notre position, nous faisons route tout droit vers les Tonga, îles du Sud, appelées « îles des amis » par le Capitaine Cook, on se demande bien pourquoi, puisqu’il avoue avoir perdu à son premier passage plusieurs membres de son équipage transpercés par les sagaies des indigènes de l’endroit….

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