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Posidonia Connect - Mission ITALIE

5 au 28 mai 2026
LA MISSION POSIDONIA CONNECT ITALIE EN CHIFFRES
10 Sites de Posidonie explorés
3 Escales
190 Elèves sensibilisés
150 Participants aux conférences publiques

Posidonia Connect : un projet pour la résilience climatique de la Méditerranée et de ses habitants

Posidonia Connect s'inscrit dans le cadre de l'Odyssée Océan et Climat, une initiative globale visant à comprendre et sensibiliser aux interdépendances entre océan, climat et biodiversité. Porté conjointement par la Fondation Race for Water et le GIS Posidonie, le projet s'étend sur plusieurs missions prévues à bord du catamaran zéro émission MOX70 « Ganany » jusqu'en 2030.

L'objectif principal est d'harmoniser la surveillance et de mieux protéger les herbiers de posidonie à l'échelle du bassin méditerranéen. La posidonie constitue un habitat marin d'intérêt communautaire et joue un rôle essentiel dans la régulation climatique grâce à sa capacité à capter et stocker le carbone. Sa préservation est donc stratégique pour la résilience climatique de la région.

Ce projet rassemble chercheurs, gestionnaires d'aires marines protégées, institutions publiques, ONG et acteurs économiques de plusieurs pays afin de réaliser un diagnostic partagé de l'état de santé de cet herbier marin, d'harmoniser les méthodes d'évaluation selon une approche écosystémique appelée l'EBQI (Ecosystem-Based Quality Index), et de mobiliser les acteurs locaux autour de solutions concrètes pour sa conservation.

Le projet s’accompagne d’un travail de sensibilisation auprès de publics variés pour souligner l'importance de préserver ces puits de carbone bleu, écosystèmes clés pour notre résilience climatique.

Mission Italie 2026 

La Mission Italie a eu lieu du 5 au 28 mai 2026. Elle constitue la première étape pilote du projet Posidonia Connect. L'équipe a navigué entre Marseille, la Sardaigne, le golfe de Naples et Toulon, prospectant dix sites répartis dans cinq aires marines protégées.Programme POSIDONIA CONNECT MISSION ITALIE 2026

Nos partenaires scientifiques.

Le GIS Posidonie (Aix-Marseille)

Le GIS Posidonie est un Groupement d’Intérêt Scientifique créé en 1982 à l’initiative du ministère de l’Environnement français et du Parc national de Port-Cros sous le statut d’association loi 1901. Sous convention avec l’Université d’Aix-Marseille son siège et son équipe permanente sont hébergés dans les locaux mis à la disposition du MIO par l’Institut Pythéas et il a pour objet principal la recherche appliquée sur le milieu marin. Ses activités sont centrées sur le milieu marin côtier méditerranéen : conservation de la biodiversité, inventaires et cartographies des richesses patrimoniales, systèmes de surveillance, méthodes de suivi écologique, expertise, aide à la gestion. Dans le cadre de ces activités, le GIS Posidonie se positionne à l’interface entre la gestion, la conservation de l’environnement et la recherche académique.

Deux ingénieurs de recherche ont embarqué sur la Mission Italie : Bruno Belloni et Patrick Astruch..

Universita degli studi di Sassari (Sardaigne)

L’université de Sardaigne, située au nord de la Sardaigne abrite une expertise reconnue en Méditerranée sur l’étude et la restauration de l’herbier à Posidonia oceanica.

Deux chercheurs ont rejoint l'expédition pour échantillonner les secteurs des aires marines protégées d'Asinara, Capo Testa et Tavolara : Alessia Crobu et Arianna Pansini.

La Stazione Zoologica Anton Dohrn (Naples)

La Stazione Zoologica Anton Dohrn est un institut de recherche en biologie marine de renommée mondiale, fondé en 1872, dédié à l’étude de la biodiversité, de l’écologie et des
processus fondamentaux des organismes marins.Son équipe de recherche sur les herbiers à Posidonia oceanica travaille activement à comprendre la dynamique, la résilience et la restauration de ces écosystèmes essentielsde Méditerranée, en combinant écologie, biologie moléculaire et approches innovantes de restauration.

Quatre chercheurs ont participé à l'expédition dans le golfe de Naples : Núria Teixeido, Antonia Chiarore, Emanuele Somma et Alice Morasole.

 

Pourquoi une première mission en Italie ?

L'Italie abrite près de 20 % de la surface totale des herbiers méditerranéens. Leur régression a été documentée dès les années 1990, principalement sous l'effet de l'urbanisation côtière intensive, de la pollution terrestre et du mouillage anarchique. La prise de conscience a conduit à un renforcement progressif du cadre juridique :
1990-2000 : Intégration des herbiers dans le réseau Natura 2000 (Directive Habitats 92/43/CEE) et classement en Zones Spécialement Protégées d'Importance Méditerranéenne (SPAMI) sous la Convention de Barcelone.
2010-2020 : Mise en œuvre de la Directive Cadre Stratégie pour le Milieu Marin (DCSMM),obligeant l'Italie à atteindre un « bon état environnemental » des écosystèmes marins.
2024-2025 : Adoption de plans d'action nationaux et régionaux (ex: Piano d'Azione per la Conservazione della Vegetazione Marina) et financement de projets européens majeurs
(LIFE) ciblant spécifiquement la restauration et la gestion des mouillages non réglementaires.

Dans le cadre national, deux zones emblématiques illustrent cette trajectoire : En Sardaigne, la création d'Aires Marines Protégées dès les années 1990 (Asinara et Tavolara en 1997) a permis de freiner la dégradation, transformant ces sites en laboratoires vivants où la science participative (Tavolaralab) complète désormais les suivis institutionnels. Dans le Golfe de Naples, la réponse a été plus tardive mais structurante : face à une dégradation historique liée à l'urbanisation côtière dense, à l'industrialisation et au tourisme de masse, la région s'est dotée d'un réseau d'AMP reconnu (Punta Campanella, Parc sous-marin de Gaiola, Regno di Nettuno, Parc archéologique sous-marin de Baia). Ces zones servent aujourd'hui de référentiels pour étudier la résilience face aux stress climatiques (Ischia) et anthropiques.

Programme scientifique et protocole EBQI

Le protocole EBQI (Ecosystem-Based Quality Index), développé par l'Institut Méditerranéen d'Océanologie (MIO), occupe une place centrale dans cette mission. Déployé initialement en eaux françaises par le GIS Posidonie, cet indicateur holistique représente une innovation majeure pour l'évaluation de la santé des écosystèmes marins.

Contrairement aux approches traditionnelles qui se concentrent uniquement sur l'état de la plante, l'EBQI évalue la santé de l'ensemble de l'écosystème associé. Il intègre dix compartiments fonctionnels différents : la vitalité et la structure de la plante (densité des faisceaux de feuilles, recouvrement), les invertébrés filtreurs-suspensivores, les détritivores, les herbivores, les assemblages de poissons ainsi que les oiseaux marins piscivores.

Cette approche répond aux exigences des directives européennes DCSMM et DHFF, ainsi que de la Convention de Barcelone. La mission italienne permet d'affiner l'application du protocole dans des contextes écologiques nouveaux. Les eaux plus oligotrophes et les températures plus élevées de la Sardaigne, combinées aux conditions contrastées du golfe de Naples, offrent des scénarios inédits pour examiner la robustesse de l'indicateur.

Au-delà du test scientifique, cette mission marque une étape importante dans le transfert de compétences entre chercheurs français et italiens. Elle favorise une collaboration renforcée permettant d'adapter et d'améliorer l'EBQI en tenant compte des spécificités biogéographiques de chaque région. Le partage actif de connaissances s'appuie sur l'expertise et les données déjà acquises par le GIS Posidonie en France, qui sont désormais mises à profit pour l'harmonisation des méthodes à l'échelle méditerranéenne. En retour, la connaissance approfondie du terrain des scientifiques italiens, acquise au fil de décennies d'études locales, enrichit considérablement l'interprétation des résultats et permet d'ajuster les protocoles aux réalités écologiques italiennes.

La transférabilité définitive de l'EBQI à l'ensemble du bassin méditerranéen nécessitera des tests complémentaires dans d'autres régions aux conditions environnementales variées. C'est précisément l'ambition des futures missions prévues jusqu'en 2030.

Sites explorés

L'équipe scientifique a sélectionné des sites présentant des conditions environnementales distinctes afin de tester la robustesse de l'EBQI.

En Sardaigne (5 sites) : l'AMP d'Asinara, de Capo Testa et de Tavolara. Ces sites offrent des environnements aux eaux plus oligotrophes et des températures moyennes plus élevées que le littoral français. Ces paramètres façonnent des communautés biologiques spécifiques en termes d'abondance et d'espèces.

Dans le golfe de Naples (5 sites) : l'AMP Regno di Nettuno, de Punta Campanella et Bacoli. La diversité exceptionnelle des conditions environnementales permet d'examiner la sensibilité du protocole face à des stress combinés. Ischia présente des émissions de CO₂ naturelles avec des morphotypes adaptés à l'acidification. Capri et Sorrente subissent des pressions touristiques intenses. Bacoli figure parmi les sites les plus dégradés du golfe, idéal pour évaluer l'EBQI sur des habitats fortement impactés.

Premiers constats et observations

Si les analyses de données complètes restent à mener pour établir des résultats définitifs, les premières observations de terrain révèlent un constat partagé : malgré leur statut protégé, un certain nombre des herbiers de Posidonie visités portent les stigmates d'une pression humaine intense.

Même au sein des aires marines protégées, la plupart des sites exposés à une forte fréquentation touristique et de plaisance affichent des signes visibles de dégradation. Là où les mesures de régulation sont absentes ou trop récentes, l'impact de l'ancrage et de la fréquentation est visible et parfois spectaculaire.

Ces investigations ont permis de bénéficier de nouveaux retours d'expérience utiles pour améliorer les protocoles communs. Elles soulignent l'urgence de généraliser des mesures de gestion adaptées comme le développement de zones de mouillages écologiques, couplées à une surveillance renforcée et à une sensibilisation active des plaisanciers et des professionnels du secteur nautique.

 

Mobilisation citoyenne et sensibilisation en mediterranée.

À Marseille, Ischia, Naples et Toulon, le MODX70 est devenu un lieu de rencontre pour élèves, scientifiques, médias et décideurs. Plus de 190 élèves ont découvert la posidonie, les interdépendances océan-climat et les innovations liées à la navigation durable.

Des conférences publiques ont rendu la recherche accessible à tous. À la Ligue Navale de Naples, scientifiques, autorités locales, Marine italienne et Région Campanie se sont réunis pour discuter des enjeux d'un suivi écosystémique et d'une préservation renforcée de la Posidonie.

Des parcours pédagogiques pour les scolaires ont été organisés en collaboration avec des organisations comme la Fresque Océane et Ocean Academy. Des ateliers interactifs ont permis d'explorer les liens étroits entre océan, climat et biodiversité, et de mieux comprendre les mécanismes complexes liés à la préservation de la Méditerranée.

Perspectives et prochaines étapes

L'Italie n'a été qu'une première étape. Le projet Posidonia Connect ambitionne de couvrir une grande partie du bassin méditerranéen d'ici 2030 : îles Baléares, mer d'Alboran, Adriatique, mer Ionienne, mer Égée, bassin levantin.

Ces futures missions permettront de tester l'EBQI dans des conditions encore différentes et de confirmer sa transférabilité à l'échelle du bassin. Cette ambition nécessite de nouveaux financements. La Fondation Race for Water appelle les acteurs publics et privés à soutenir ces missions et à transformer les observations de terrain en solutions de gestion à grande échelle.

La Mission Italie a prouvé que la réussite du projet Posidonia Connect ne repose pas uniquement sur la qualité des données collectées, mais sur la capacité à fédérer citoyens, scientifiques, gestionnaires et décideurs autour d'une vision partagée pour la Méditerranée.

Un immense merci à nos partenaires

Cette belle aventure serait impossible sans la mobilisation exceptionnelle de tous ceux qui nous accompagnent.

Nos remerciements vont d'abord à nos partenaires techniques, Océan Développement et Aeroforce, pour la conception et la performance de ce navire révolutionnaire, ainsi que l'ensemble de l'équipage du MODX 70 "Ganany" : le capitaine Arnaud Wimille, les marins Marion Eid et Caroline Pottier, et les ingénieurs Jean-Marc Normant et Martin Gavériaux.

Aux équipes scientifiques : Bruno Belloni et Patrick Astruch du GIS Posidonie, ainsi qu'Arianna Pansini et Alessia Crobu de l'Università degli Studi di Sassari, Nuria Teixeira, Antonia Chiarore, Emanuele Somma, Alice Morasole et leurs nombreux collègues de la Stazione Zoologica Anton Dohrn qui se sont mobilisés.

Aux bénévoles de la Fresque Océane et d’Océan Academy pour les animations riches et dynamiques sur nos parcours pédagogiques.

À Marie Treibert pour avoir fait vivre la mission sur les réseaux sociaux de la Sardaigne à Naples, et à Eric Loizeau pour avoir partagé chaque instant de l'expédition avec autant de talent et d'humour.

Merci enfin aux partenaires d'escale qui nous ont accueillis dans les meilleures conditions :: la Municipalité de Marseille et le Vieux-Port, ainsi que les ports de Porto Torres, Ischia et Toulon Plaisance, et la Marine italienne à Naples.

Merci à tous de croire en notre projet et de faire partie de cette aventure collective.